des poissons-chats, des poissons-éléphants, des cichlidés à profusion.
Puis un beau jour, un monstre débarqua : la Perche Du Nil ...
Le film "Le Cauchemar de Darwin" étant une source majeure de notre réflexion, nous vous faisons profiter de cette bande annonce , dans l'impossibilité de vous le diffuser dans son intégralité.
Tout au long de notre développement, nous nous efforcerons de démontrer qu'il existe des conséquences écologiques, économiques et sociologiques.
Effectivement, l'introduction de la perche du Nil en 1954 dans le lac Victoria a provoqué un véritable bouleversement naturel au sein de son écosystème.
Ainsi, les quelques spécimens de perches introduites il y a plus de 50 ans ont proliféré jusqu'à atteindre un nombre absolument alarmant : en conséquence, des centaines de spécimens se sont développés dans un environnement qui n’avait pas prévu leur arrivée. Les perches se sont donc retrouvées au sommet d’une chaîne alimentaire vulnérable à cette invasion ! Le monstre, qui peut atteindre facilement une taille de 2 mètres, a donc pu profiter de cette position de force pour faire disparaître en 50 ans plus de 200 espèces de cichlidés (qui faisaient de ce lac une véritable réserve naturelle très prisée par les scientifiques en raison de son unicité.)
Aujourd’hui, la simple lecture des statistiques des pêcheries du Kenya désigne sans ambiguïté le coupable et donne la mesure de l’hécatombe: alors qu’en 1977, les Furus représentaient 32% des prises et la perche du Nil 1%, six ans plus tard, les chiffres se sont plus qu’inversé : 68% de perches contre moins de 1% de cichlidés. La croissance de certaines plantes, grandes consommatrices d’oxygène n’étant plus limitée par certains types de cichlidés, l’oxygène au sein du lac se raréfie. Ainsi, dans un futur proche arrivera la disparition de toute espèce d’êtres vivants au même titre que dans la mer rouge dûe quant à elle à une présence trop importante du sel.
La désertification du lac n'est pas la seule conséquence de cette introduction de la perche. En effet, la consommation de la perche du Nil a entraîné un besoin accru en bois afin de répondre aux besoins industriel des usines de traitement.Cela a accentué le défrichement. La consommation n'est pas le seul facteur de cette déforestation, l'occupation humaine s'étant renforcée au XXème siecle, la destruction des forêts riveraines est nécessaire pour la construction, la mise en culture, la fourniture de combustibles.
Ce manque d'arbres peut provoquer quelques problèmes comme des glissements de terrain, ou encore des écoulements d'eau massifs, sans compter que la déforestation prive la Terre d'un de ses principaux poumons naturels à une époque où le réchauffement planétaire est au coeur de tous les débats. Ce désastre écologique prend donc une toute autre ampleur lorsqu'on s'y rapproche un petit peu.
Cependant à ce constat alarmant viennent s’ajouter des éléments positifs.
En effet, l’ex système économique basé en majeure partie sur la pêche traditionnelle, très peu productive du fait du peu de moyen financier s’est vu remplacé par une pêche industrielle à très haut rendement provoquant un boom de l’industrialisation. Ce boom se manifeste par une augmentation très nette du tonnage pêché. Entre 1997 et 2003 la quantité de perche du Nil est passée de 25124 tonnes pêchées par an à 45113 tonnes.
En effet, la demande internationale à très fortement augmentée et le prix à suivi. Toutefois, cette pêche et donc toute l'économie de Mwanza (ou presque) sont vouées à disparaître puisqu'elles sont dépendantes de l’écosystème très fragile du lac ainsi que des politiques d’importations des pays consommateurs. Pour exemple, en 2002 le durcissement des politiques sanitaires imposées par l’ Union Européenne a entrainé une baisse de 1283 tonnes exporté par rapport à l’an 2000 (40 586 tonnes exportés). Cependant l’année suivante le tonnage exporté explosa avec un total de 45 113 tonnes exportées. L'Europe est donc un important marché pour la Perche du Nil, essentiellement écoulée par la grande distribution.
D’autre part, l’introduction de la perche du Nil dans le lac Victoria a entraîné de nombreuses conséquences indirectes, notamment sur le plan humain :
Comme on a pu le constater dans le film Le Cauchemar de Darwin…
La pauvreté persistante de la population a donc eu de nombreuses incidences; une de celles ci, est la multiplication des réseaux de prostitution. Effectivement, ils sont omniprésents et toujours en pleine expansion. Ces dernières années, ces réseaux se sont réellement organisés afin de satisfaire les besoins sexuels de tout un chacun. Leurs clients viennent de toutes les classes sociales : riches comme pauvres, pêcheurs comme pilotes d’avions, chacun a recours à cette pratique. Bien sûr, les proxénètes n’attendent pas la majorité pour engager les filles, effectivement, la plupart d’entre elles ont entre 15 et 17 ans et racolent leurs clients dans les bars les plus violents, abritant les beuveries des pilotes russes afin de gagner un salaire de misère ( 15 $ par mois ). Ces femmes , ou plutôt ces adolescentes risquent leur vie chaque nuit en compagnie de ces hommes qui n’hésitent pas à les battre à mort pour leur simple plaisir .
Etant donné que la plupart des habitants sont de religion catholique, la place des hommes d’Eglise reste très présente, leur parole est donc prise très au sérieux lorsqu’ils prêchent la non-utilisation des préservatifs, entraînant la prolifération du virus du Sida et autres maladies sexuellement transmissibles provoquant un taux de mortalité accru chez les jeunes adultes et ainsi l’accroissement totalement démentiel du nombre d’orphelins. Ces derniers sont complètement livrés à eux-mêmes et errent sans but dans les rues dans un climat de violence et de tension omniprésent. Ils se nourrissent exclusivement de têtes de poissons sur les plages ou à la sortie des usines de filetage de perche. Pour tenir le coup dans cette ambiance morbide, les orphelins de quatre à douze ans récupèrent les emballages des films plastiques destinés à protéger les perches durant leur transport afin de les faire fondre pour s’en servir comme drogue. Un troc s’est ainsi développé et les enfants de Tanzanie sont prêts à tout (comme se battre dans les rues et former des sortes de gangs comme on a pu le voir dans la séquence vidéo précédente) pour « sniffer » quelques vapeurs de plastiques brûlés et ainsi trouver un échappatoire à cette vie de non-sens.